Lors du dernier CSE, nous avons été informé d’une réorganisation de la Direction du Développement et de la Relation Client (DDRC) avec notamment une refonte du réseau du marché des entreprises MDE.
Une réorganisation qui transforme le travail mérite mieux que des réponses générales. Les élus CFDT ont demandé des précisions sur les moyens, la charge et l’avenir des équipes. Trop souvent, nous avons eu le sentiment que les questions les plus concrètes étaient celles qu’il fallait remettre à plus tard. Nous refusons de nous résigner. Une avancée importante a néanmoins été obtenue : le recours à une expertise.
Pour comprendre : ce que prévoit le projet
Le marché des entreprises, ou MDE, concerne notamment l’activité de Protection Sociale Collective auprès des entreprises. Le projet présenté ne se limite pas à modifier une carte ou quelques rattachements mais aura pour conséquence :
- le passage De dix à six régions commerciales. Les directeurs régionaux se recentreraient sur les marchés des professionnels et des particuliers, tout en conservant une mission d’animation des partenariats territoriaux, y compris pour le MDE.
- Un pilotage national du MDE. Aujourd’hui intégré à la chaîne régionale, le réseau entreprises serait placé sous une nouvelle Direction du Réseau Entreprises — la DRE — avec des managers implantés dans les territoires.
- Des lignes hiérarchiques distinctes pour les commerciaux et les appuis. Les assistants commerciaux (AC) et les technico-commerciaux (TC) seraient organisés en deux pools AC et un pool TC, avec des managers dédiés. Les commerciaux et les appuis resteraient dans la même DRE, mais ne partageraient plus le même management de proximité.
- la création d’une cellule grands comptes. Elle aurait vocation à développer des affaires en direct et à apporter une expertise aux équipes régionales.
- Des évolutions de postes et de responsabilités. La direction annonce dix-sept créations de postes à terme, dont dix chargés d’affaires entreprises (CAE) supplémentaires, ainsi que le repositionnement de quatre directeurs régionaux et d’un manager du marché des particuliers. Ces créations annoncées ne doivent pas être confondues avec dix-sept recrutements externes nets garantis.
La mise en œuvre est envisagée au 1er janvier 2027. La direction affirme maintenir les implantations et préserver les relations de proximité avec les clients. Pour les élus CFDT, conserver un site ne suffit pas à garantir que le travail quotidien, la charge et les coopérations seront préservés.
« Circulez, il n’y a rien à voir » : le sentiment laissé par les échanges
Ce n’est pas une citation de la direction. C’est le sentiment que nous avons retiré de trop nombreux échanges : une organisation présentée comme une réponse nécessaire, mais des précisions difficiles à obtenir dès que nous interrogions ses conséquences concrètes.
Les élus CFDT ont demandé des données sur les effectifs réellement disponibles, les portefeuilles, la charge de suivi des clients et les moyens permettant de travailler dans de bonnes conditions. Nous avons aussi interrogé la séparation des lignes hiérarchiques entre commerciaux et appuis, ainsi que le devenir des responsables concernés par les repositionnements.
Ces questions ne sont ni accessoires ni hors sujet. Elles sont le sujet.
Après une intervention CFDT portant notamment sur les moyens et le fonctionnement réel des équipes, la direction a demandé de « circonscrire les questions » au projet de réorganisation. D’autres sujets ont été renvoyés aux orientations stratégiques ou à des travaux ultérieurs.
Nous entendons qu’une consultation ait un périmètre. Mais on ne peut pas invoquer une ambition de développement pour justifier une organisation, puis renvoyer à un autre débat les moyens nécessaires pour la faire fonctionner. Les salariés, eux, vivront simultanément les changements de management, les contraintes des outils, les difficultés de recrutement et les objectifs commerciaux.
Des réponses ont été apportées. Elles ne suffisent pas.
La direction a réaffirmé le maintien des relations de travail entre chargés d’affaires et appuis, expliqué la vocation des pools et annoncé des recrutements supplémentaires. Elle a également indiqué que les directeurs régionaux conserveraient des engagements sur l’animation partenariale du MDE.
Nous ne prétendons donc pas qu’aucune réponse n’a été donnée. Nous disons que les principes annoncés ne constituent pas encore des garanties opérationnelles.
Qui arbitrera lorsqu’un chargé d’affaires aura une urgence client et que le manager du pool fixera une autre priorité ? Comment la charge sera-t-elle mesurée et limitée ? Quels temps communs permettront aux CAE, AC et TC de continuer à travailler en équipe ? Comment seront protégés les salariés pendant la montée en charge des recrutements ?
Sur les réorganisations précédentes et le Lean Management, nous avons demandé un véritable bilan. Le renvoi au diagnostic général du dossier ne remplace pas une évaluation documentée de ce qui a fonctionné, de ce qui a échoué et de ce que les équipes ont supporté.
Sur les repositionnements, nous ne demandons pas de désigner prématurément des personnes. Nous demandons des garanties sur les fonctions, les responsabilités, la rémunération et les conditions d’exercice. Garder une activité ne répond pas à toutes les inquiétudes professionnelles.
Poser des questions gênantes, c’est remplir notre mandat
Nous sommes sortis de cette séquence avec le sentiment de ne pas avoir été suffisamment entendus et respectés dans notre rôle d’élus CFDT.
Faut-il commencer chaque intervention par un satisfecit à la direction pour que nos questions soient mieux accueillies ? Les élus CFDT n’ont pas vocation à distribuer uniquement des compliments pour exercer leur mandat. Nous sommes là pour représenter les salariés, confronter les annonces au travail réel et demander des engagements.
Nous ne contestons pas par principe l’intérêt d’une coordination nationale. Nous contestons l’idée que ses bénéfices pourraient être tenus pour acquis avant d’avoir examiné ses risques et ses modalités concrètes.
Dès l’ouverture, les élus CFDT ont également alerté sur des propos rapportés en régions, présentant l’avis du CSE comme une étape sans véritable portée. La direction a indiqué ne pas avoir connaissance de ces propos et s’est engagée à rappeler les messages appropriés. Nous attendons que cet engagement se traduise dans les faits.
Consultatif ne veut pas dire décoratif. Le respect du CSE se mesure aussi à la place laissée aux questions qui dérangent et aux modifications qu’elles peuvent permettre.
Une avancée importante : l’expertise obtenue
Après de longs échanges que nous jugeons insuffisants au regard de l’importance du projet pour nos collègues, une satisfaction demeure : la détermination de la CFDT, avec l’appui d’autres organisations syndicales, a contribué à obtenir le recours à une expertise voté par le CSE.
Le cabinet SECAFI a été désigné pour éclairer les enjeux et les conséquences du projet, notamment pour les salariés. La direction en a accepté le principe, sous réserve des vérifications d’usage, en précisant que la mission porterait sur le projet présenté.
Cette expertise n’est ni un blanc-seing ni une garantie automatique de modification du projet. C’est un moyen d’obtenir une analyse indépendante, de documenter les conséquences de l’organisation et d’étayer nos demandes.
La CFDT sera vigilante sur l’accès de l’expert aux documents et aux salariés concernés. Le périmètre de la mission ne doit pas devenir un prétexte pour écarter les réalités du travail directement liées au projet.
La direction a proposé de reprendre les questions en novembre, avant une consultation finale annoncée en décembre. Nous utiliserons cette étape pour exiger des réponses précises et traçables.
Le devenir de nos collègues mérite mieux qu’une invitation à faire confiance. La CFDT continuera à poser les questions qui fâchent, parce que ce sont souvent celles qui protègent le mieux les salariés.

