Lors du CSE de juillet la Direction a présenté dans le cadre de l’information en vue d’une consultation ultérieure le rapport CRDS (Corporate Sustainability Reporting Directive), directive européenne sur la durabilité.
Derrière ce document parfois technique, il y a des sujets très concrets : comment notre Groupe prend en compte les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans sa stratégie, ses investissements, son fonctionnement interne et ses responsabilités vis-à-vis des salariés, des clients et de la société.
À l’heure où les canicules se répètent, où les incendies de forêt se multiplient, où les événements climatiques extrêmes touchent de plus en plus directement nos vies, nos territoires et nos conditions de travail, la durabilité ne peut pas rester un exercice de communication ou un simple document réglementaire. Pour les élus CFDT, elle doit devenir un véritable outil de dialogue social, de transparence et d’actions.
En attendant septembre, l’étape prévue pour que les élus CFDT rendent leur avis dans le cadre de cette consultation, nous avons souhaité rappeler tout l’intérêt d’un tel rapport dans notre environnement face aux défis environnementaux auxquels sont sommes confrontés.
Le rapport de durabilité, de quoi parle-t-on ?
Le rapport de durabilité, issu du cadre européen de la CSRD, vise à présenter de manière structurée les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, mais aussi les risques que les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance font peser sur son activité.
Dit plus simplement, il doit permettre de répondre à plusieurs questions essentielles :
- Quelle est l’empreinte environnementale du groupe ?
- Comment les investissements contribuent-ils, ou non, à la transition écologique ?
- Quels sont les risques liés au climat, à la biodiversité, aux conditions de travail, à l’égalité professionnelle, aux droits fondamentaux ou à la protection des données ?
- Quels engagements sont pris, avec quels objectifs, quels moyens et quels indicateurs de suivi ?
- Comment les représentants du personnel peuvent-ils exercer pleinement leur rôle sur ces sujets ?
Ce rapport ne concerne donc pas uniquement les spécialistes de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Il concerne aussi l’ensemble des parties prenantes, salariés, représentants du personnel et organisations syndicales.
Un contexte climatique qui impose de passer à l’action
Le dérèglement climatique n’est plus une perspective lointaine. Il est bel et bien déjà là.
Nous le subissons depuis plusieurs semaines déjà et la situation est des plus critique. Les épisodes de chaleur extrême se multiplient. Les incendies de forêt deviennent plus fréquents et plus intenses. Les sécheresses, les tensions sur l’eau, les événements météorologiques violents et leurs conséquences sanitaires, économiques et sociales s’installent dans notre quotidien.
Dans ce contexte, notre Groupe, acteur majeur de la protection sociale dans un cadre paritaire et mutualiste, ne peut pas se contenter d’observer. Il doit agir à la hauteur de ses responsabilités : dans ses investissements, dans sa stratégie, dans ses bâtiments, dans ses pratiques internes, mais aussi dans la manière dont il protège ses salariés face aux effets très concrets du changement climatique.
Pour la CFDT, la transition écologique ne peut pas être séparée de la justice sociale. Elle doit être anticipée, débattue, accompagnée et suivie. Elle ne doit pas se traduire par de nouvelles contraintes subies par les salariés, mais par des choix clairs, transparents et responsables.
Ce que le rapport met en lumière
Le rapport de durabilité 2025 présenté au CSE fait apparaître plusieurs éléments importants.
Il rappelle d’abord que l’essentiel de l’empreinte carbone du groupe est lié aux investissements. C’est donc là que se joue une part majeure de la responsabilité climatique d’AG2R LA MONDIALE. Le groupe affiche une température implicite de ses portefeuilles d’investissement de 2,48°C. Ce chiffre n’est pas une cible, mais un point de départ qui appelle des objectifs plus ambitieux et des actions concrètes.
Le rapport évoque également l’intégration progressive des enjeux de biodiversité dans la politique climat. C’est une avancée, mais les élus CFDT resteront attentifs à ce que cette orientation se traduise par des indicateurs mesurables et des décisions effectives.
Sur le plan social, le rapport aborde les questions de formation, d’emploi, de conditions de travail, de prévention des risques psychosociaux, d’égalité professionnelle, de handicap, de dialogue social et de protection des données. Ces sujets ne sont pas périphériques : ils sont au cœur d’une durabilité réelle.
Une entreprise durable n’est pas seulement une entreprise qui réduit son empreinte carbone. C’est aussi une entreprise qui respecte ses salariés, prévient les risques, reconnaît le travail, développe les compétences, lutte contre les inégalités et associe réellement les représentants du personnel aux décisions structurantes.
Les points de vigilance de la CFDT
Les élus CFDT ont porté plusieurs points d’attention lors de l’examen du rapport.
Nous avons notamment insisté sur la nécessité de disposer d’objectifs clairs, de données fiables et d’indicateurs compréhensibles. Un rapport de durabilité ne doit pas être un document réservé aux experts. Il doit permettre aux élus du CSE de questionner, de suivre et d’évaluer les engagements de la Direction.
Nous avons également souligné plusieurs enjeux majeurs :
- la nécessité de finaliser un véritable plan de transition bas carbone ;
- la réduction effective de l’empreinte climatique des portefeuilles d’investissement ;
- la prise en compte de la biodiversité avec des indicateurs concrets ;
- l’évaluation des risques climatiques sur l’activité, les bâtiments, les salariés et les clients ;
- la transparence sur les critères extra-financiers intégrés dans les décisions d’investissement ;
- le suivi des risques psychosociaux et des conditions de travail ;
- l’égalité professionnelle et la réduction des écarts de rémunération ;
- l’articulation entre stratégie du groupe, politique sociale et engagements environnementaux.
Pour les élus CFDT, ces sujets doivent être suivis dans le temps. Ils ne peuvent pas être traités une fois par an, au moment de la présentation d’un rapport.
Une avancée majeure obtenue par la CFDT avant la consultation : la formation des élus CSE enfin validée
Déjà l’an dernier, les élus CFDT avait déjà demandé que le CSE puisse bénéficier d’une formation adaptée sur la CSRD et le rapport de durabilité.
Lors de la réunion, la DRH a validé le principe de l’intégration d’une formation des élus du CSE sur ces sujets. C’est pour la CFDT une avancée importante.
Pourquoi est-ce essentiel ?
Pour que les élus puissent exercer leur prérogatives ils doivent disposer des clés de compréhension nécessaires. Le rapport de durabilité aborde des sujets complexes : climat, biodiversité, investissements responsables, indicateurs sociaux, risques, gouvernance, double matérialité, conformité réglementaire. Sans formation, le risque est que le dialogue social sur ce sujet reste superficiel, que nous ne soyons que des observateurs sans réel pouvoir de proposer, de débattre, d’argumenter et de convaincre.
Former les élus, c’est reconnaître que la durabilité est un sujet de dialogue social à part entière. C’est permettre aux représentants du personnel de poser les bonnes questions, d’identifier les angles morts, de suivre les engagements dans la durée et de défendre une transition juste pour les salariés.
La CFDT se félicite donc de cette avancée, tout en restant attentive au contenu concret de cette formation : durée, public concerné, intervenants, calendrier, articulation avec les travaux du CSE et possibilité de suivi dans le temps.
Rendez vous est pris pour le CSE de septembre où nous devrons rendre l’avis.

