En juillet lors de présentation du rapport sur la durabilité, la CFDT rappelait la présentation ne devait pas être un simple exercice de communication ou de conformité réglementaire, mais un véritable levier de transformation sociale, écologique et démocratique
À l’issue de la consultation sur le rapport de durabilité 2025 présenté au CSE, les élus CFDT ont rendu un avis favorable avec réserves.
Cet avis favorable ne constitue ni un blanc-seing, ni une approbation sans condition. Il traduit une position responsable : reconnaître les avancées de la démarche, tout en demandant des garanties concrètes pour que la durabilité devienne un outil de pilotage, de dialogue social et de justice.
Un rapport plus structuré, mais qui doit produire des effets réels
La CFDT reconnaît que le rapport 2025 marque plusieurs progrès. Il est plus lisible, mieux structuré et s’inscrit dans le cadre de la CSRD et de l’analyse de double matérialité. Cette approche permet de relier des sujets trop souvent traités séparément : climat, biodiversité, investissements, conditions de travail, emploi, compétences, gouvernance, protection des données, conduite des affaires et stratégie du Groupe.
Cependant pour la CFDT, un “bon rapport” ne suffit pas. La qualité de la démarche se mesurera à sa capacité à faire évoluer les décisions, les arbitrages et les pratiques.
Or, le rapport fait apparaître que les deux tiers des impacts, risques et opportunités identifiés correspondent à des risques ou à des impacts négatifs. Ce constat impose des réponses précises : plans d’action, calendriers, responsables identifiés, indicateurs de suivi et bilans réguliers en CSE.
Climat, investissements, biodiversité : passer de la mesure à l’action
La CFDT considère que le climat constitue un enjeu central. Le rapport montre que l’essentiel de l’empreinte carbone du Groupe provient des investissements : plus de 99 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées aux portefeuilles d’investissement, avec une température implicite annoncée à 2,48 °C.
Ce chiffre doit être considéré comme un point de départ, mais aussi comme un signal d’alerte. La CFDT demande donc que le plan de transition bas carbone soit présenté au CSE de manière complète, lisible et débattable.
Les investissements doivent être cohérents avec l’identité d’AG2R LA MONDIALE : un groupe de protection sociale, paritaire et mutualiste. Ils ne peuvent pas être regardés uniquement sous l’angle du rendement ou de la solvabilité. Ils doivent aussi être analysés au regard des valeurs de solidarité, de prévention, de protection et d’utilité sociale.
Sur la biodiversité, la CFDT prend acte de son intégration dans la politique climat des investissements. C’est une avancée. Mais les difficultés méthodologiques ne doivent pas reporter l’action. Même progressive, une trajectoire doit être définie.
Sobriété énergétique : attention aux conditions de travail
La CFDT prend également acte du résultat annoncé du plan de sobriété énergétique 2022-2025, avec une réduction de 20 % de la consommation d’énergie.
Mais là encore, nous demandons un bilan complet : actions réalisées, sites concernés, investissements engagés, économies obtenues, limites rencontrées et suites envisagées.
La sobriété ne doit pas se traduire par une dégradation du confort de travail. Les périodes de fortes chaleurs, la qualité des locaux, l’adaptation des bâtiments, le confort thermique et la santé des salariés doivent faire partie intégrante de la stratégie environnementale.
Une transition écologique ne peut pas se faire sans les salariés
Pour la CFDT, il ne peut pas y avoir de transition réussie si elle est pensée contre les salariés, sans les salariés ou en dehors du travail réel.
La durabilité doit intégrer les effets concrets des transformations sur les équipes : charge de travail, intensification, réorganisations, nouveaux outils numériques, IA, plateformisation, évolution des métiers, pression sur les délais, qualité empêchée, arbitrages budgétaires.
Une entreprise durable n’est pas seulement une entreprise qui publie un rapport. C’est une entreprise qui protège la santé physique et mentale des salariés, reconnaît leur travail, développe les compétences, lutte contre les inégalités et associe réellement les représentants du personnel aux décisions structurantes.
C’est pourquoi la CFDT demande que les impacts sociaux et organisationnels des grandes transformations soient systématiquement intégrés au suivi de la durabilité.
Formation, dialogue social et suivi : des engagements à concrétiser
Les élus CFDT demandent depuis plusieurs années une montée en compétence sur la CSRD et les enjeux de durabilité. L’engagement pris d’identifier une formation adaptée constitue une avancée, mais il doit désormais être concrétisé rapidement.
Former les élus n’est pas une option : c’est une condition d’un dialogue social de qualité sur ce sujet.
La CFDT demande également la mise en place d’un espace de suivi structuré sur la durabilité, sous la forme d’une commission ou d’un groupe de travail associant les directions concernées et les représentants du personnel.
Pourquoi un avis favorable ?
La CFDT a rendu un avis favorable parce que la démarche engagée va dans le bon sens : elle ouvre des sujets essentiels, donne de la visibilité à certains impacts et peut devenir un outil utile pour le dialogue social.
Mais cet avis favorable est assorti d’exigences claires :
- présenter au CSE le plan de transition bas carbone ;
- renforcer la transparence sur les investissements responsables ;
- définir une trajectoire biodiversité ;
- partager le bilan détaillé du plan de sobriété énergétique ;
- associer le CSE aux travaux sur le numérique responsable, l’IA et les mobilités ;
- concrétiser la formation CSRD des élus ;
- intégrer systématiquement les impacts sur le travail réel ;
- rendre plus lisibles les critères RSE de rémunération variable des dirigeants ;
- renforcer les objectifs de justice sociale, d’égalité professionnelle et de pouvoir d’achat ;
- assurer un suivi annuel des engagements pris.
Une ligne CFDT claire
Notre avis favorable est donc un avis de responsabilité. Il reconnaît les avancées, mais affirme clairement que la durabilité ne peut pas rester un exercice de conformité.
Pour la CFDT, la transition écologique doit être juste, sociale, mesurable et démocratique. Elle doit protéger les salariés, renforcer le dialogue social, éclairer les choix d’investissement et contribuer à l’utilité sociale du Groupe.
La CFDT continuera à porter cette ligne : faire de la durabilité non pas un slogan, mais une exigence concrète au service des salariés, des assurés, des territoires et de l’intérêt général.

