Dernier Rapport du COR avant la présidentielle

Loin d’être alarmant à court terme, le rapport 2026 du Conseil d’orientation des retraites pointe une réelle dégradation de la situation du système après 2045. Ce délai doit être mis à profit pour construire une trajectoire par étapes permettant de pérenniser le financement des retraites.

Le COR est composé de représentants des organisations syndicales et patronales, de parlementaires, de représentants des administrations de l’État et d’experts.

C’est peu dire qu’il était attendu : le rapport annuel 2026 du Conseil d’orientation des retraites – le dernier avant l’élection présidentielle d’avril-mai 2027 – consacré à la situation et aux perspectives du système de retraite par répartition, était publié le 11 juin dernier. Plutôt que de se focaliser sur un hypothétique âge de départ à 67,5 ans en 2070, auquel certains veulent le réduire, Thibaut Sellier, secrétaire confédéral chargé du dossier des retraites, préfère pointer « la qualité du rapport, qui se fonde sur une expertise construite et constamment améliorée depuis plus de vingt ans [et qui lui] permet une nouvelle fois de remplir sa mission : fournir au débat public une analyse solide et partagée par les partenaires sociaux, les administrations publiques et les experts1 ». Unanimement reconnus, les travaux du COR permettent en effet aux différents acteurs d’avoir une vision à long terme des perspectives du régime de retraites.

Nouvelles hypothèses démographiques

La grande nouveauté du rapport 2026 tient en réalité dans la prise en compte par le COR de nouvelles hypothèses démographiques fournies par l’Insee2, celles utilisées depuis 2021 étant devenues obsolètes. Ainsi, le taux de fécondité à long terme passe de 1,8 à 1,45 enfant par femme tandis que le solde migratoire passe de plus 70 000 à plus 150 000 personnes par an (ce solde reste cependant inférieur à celui de la majorité des pays étudiés par le Conseil d’orientation des retraites). Enfin, toujours selon l’Insee, l’espérance de vie à 65 ans progresserait moins vite que dans le cadre des anciennes hypothèses (26,3 ans au lieu de 26,7 ans pour les femmes et 24,4 ans au lieu de 24,8 ans pour les hommes).

De même, le rapport intègre la suspension de la réforme des retraites obtenue par la CFDT à l’issue du « conclave » pour un coût annuel de 1,8 milliard d’euros entre 2026 et 2032 – un impact qualifié de « très faible » par le Conseil.

Stabilité jusqu’en 2045

L’information majeure de ce rapport, insiste Thibaut Sellier, « est bel et bien que, jusqu’en 2045, les dépenses du système de retraite restent stables à 14 % du PIB ». Cette stabilité est la conséquence de la hausse du solde migratoire, qui vient compenser la dégradation du contexte économique mondial. Ce n’est qu’après cette date que, sans qu’elles explosent et deviennent hors de contrôle, les dépenses repartiraient à la hausse pour atteindre voire dépasser 15 % du PIB à l’horizon 2070. La conséquence, notamment, de la baisse de l’indice de fécondité, dont les effets se font sévèrement sentir sur le long terme. Bien que la CFDT prenne naturellement très au sérieux cette tendance à la hausse, il faut toutefois raison garder : plus on se projette loin dans le temps, moins le résultat est, par définition, fiable.

En résumé, le rapport bat en brèche l’idée d’un nécessaire recul immédiat de l’âge de départ. « Il faut plutôt mettre à profit la stabilité du régime pendant les vingt prochaines années pour travailler intelligemment à la pérennisation de notre système par répartition », insiste Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CFDT. Au lieu d’envisager des mesures paramétriques violentes et urgentes dans le cadre trop restrictif d’une campagne présidentielle, il faut, selon Yvan, « aboutir à une analyse partagée de la situation et construire une trajectoire par étapes articulant pérennisation financière et justice sociale, et ainsi pouvoir réformer les retraites tant que les dépenses sont stables ».

Le système de retraite plombé par les exonérations de cotisations patronales

Selon le rapport du COR, en 2025, le système de retraite était déficitaire de 5,1 milliards d’euros (ce déficit est ramené à 1,3 milliard en tenant compte du produit des placements des réserves) pour un montant total des dépenses de 422 milliards d’euros.

Selon la Cour des comptes, le COR pointe le système de retraite, qui souffre d’une perte de recettes de 2,2 milliards d’euros – notamment du fait des exonérations de cotisations patronales, non compensées par l’État.

Quelles conséquences pour les groupes de protection sociale?

Le rapport du COR rappelle qu’à court terme, le système n’est pas au bord de la rupture, mais qu’à plus long terme la trajectoire se dégrade et remettra inévitablement la question des retraites au centre du débat politique. Dans ce contexte, une nouvelle réforme après les échéances électorales de 2027 est une hypothèse crédible.

Pour un groupe de protection sociale comme l’AG2R, une réforme structurelle peut entraîner des impacts multiples : ajustements organisationnels, évolutions des activités de gestion, incertitudes sur les volumes et les flux, changements de priorités stratégiques, voire réorientations budgétaires et opérationnelles.

Cette instabilité se répercute directement sur les salariés : montée des réorganisations, transformations d’outils et de métiers, redéploiements, charge de travail fluctuante, injonctions contradictoires entre performance et qualité, et climat social fragilisé par l’incertitude. Elle peut aussi alimenter un sentiment d’usure, de perte de sens et d’inquiétude face à l’avenir, alors même que les équipes doivent absorber les changements et maintenir la continuité de service.

C’est pourquoi il est essentiel que la Direction retraite anticipe et continue à mettre le salarié au cœur de l’éco système notamment autour de l’accompagnement au changement et des conditions de travail.

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