Présentation de l’audit de plateformisation : la CFDT alerte sur les impacts concrets pour les salariés

Lors du CSE de septembre, la Direction a présenté la synthèse de l’audit externe du programme de plateformisation.

Un audit qui confirme plusieurs alertes portées depuis longtemps par la CFDT : planning trop ambitieux, gouvernance complexe, retards, qualité insuffisante des livraisons, implication trop tardive des utilisateurs, gains économiques mal pilotés et trajectoires de migration encore à sécuriser.

Dès l’ouverture du point, la CFDT et les autres organisations syndicales ont regretté que seul un document de synthèse soit transmis au CSE, et non le rapport complet de l’audit. La Direction a indiqué que le COMEX et la gouvernance avaient disposé du même niveau de détail que celui présenté au CSE⁠⁠⁠⁠. Pour la CFDT, cela ne règle pas la question essentielle : un programme d’une telle ampleur, avec des impacts majeurs sur les métiers, les outils, l’organisation du travail et potentiellement les effectifs, doit faire l’objet d’une information complète et transparente.

Cette absence de transmission du rapport complet interroge. Elle donne le sentiment que le CSE n’est pas considéré comme un interlocuteur pleinement légitime, mais comme une instance à laquelle on livre une version filtrée, résumée, et qui permet de conserver la maîtrise de l’analyse et des éléments présentés

En ne communiquant qu’un support filtré et partiel , la Direction alimente elle-même le doute. Que contient le rapport complet qui ne pourrait pas être partagé avec les représentants du personnel ? Des alertes plus fortes sur les délais ? Des réserves sur les gains attendus ? Des risques sociaux insuffisamment assumés ? Des désaccords internes sur la trajectoire ?

Pour la CFDT, cette méthode n’est pas acceptable. On ne peut pas demander aux élus de se prononcer, de suivre ou d’accompagner un programme aussi structurant tout en leur refusant l’accès aux éléments complets d’analyse.

Un audit qui confirme un programme sous tension

Le support présenté reconnaît clairement que le programme fait face à cinq enjeux structurants : sécuriser l’exécution, revoir la gouvernance, mieux qualifier le rôle des parties prenantes, identifier la valeur générée et réinterroger la trajectoire au regard du plan stratégique et de l’IA.

L’audit pointe notamment un planning trop ambitieux, des retards, des périmètres ajoutés en cours de route, une complexité technique liée à l’empilement entre systèmes historiques et nouveaux systèmes, ainsi qu’un risque de non-qualité lié à des livraisons en mode Minimun Viable Product (MVP) et à une sous-estimation des phases de tests et de recettes⁠⁠⁠⁠.

Pour la CFDT, ces constats ne sont pas seulement techniques. Derrière les retards, les arbitrages budgétaires et les trajectoires revues, il y a des salariés qui travaillent avec des outils incomplets, qui doivent gérer des contournements, absorber des charges supplémentaires et maintenir la qualité de service auprès des clients.

Pour la CFDT, il serait dangereux de réduire ces difficultés à de simples aléas de projet. Face aux difficultés, ce sont les conditions de travail qui se dégradent : charge mentale accrue, perte de repères, irritants quotidiens, contournements permanents, tensions entre équipes, pression sur les délais et sentiment de devoir « faire tenir » un système qui n’est pas encore stabilisé.

Cette situation nourrit des inquiétudes fortes. Les salariés ne peuvent pas être la variable d’ajustement d’un programme dont le calendrier aurait été construit trop vite, trop haut, ou trop loin du terrain.

La CFDT alerte aussi sur les conséquences pour les clients. Des outils instables, des parcours incomplets ou des traitements plus complexes finissent toujours par se voir. Or nos concurrents, eux, ne nous attendent pas. Dans un environnement où la réactivité, la qualité de service et la fluidité des parcours deviennent déterminantes, chaque retard mal maîtrisé peut fragiliser notre position et notre image.

C’est pourquoi la CFDT demande que les impacts humains et clients soient évalués avec le même sérieux que les trajectoires budgétaires ou techniques. Un programme de transformation ne peut pas être considéré comme réussi si, pour tenir la feuille de route, il épuise les équipes, dégrade le service rendu et affaiblit la capacité de l’entreprise à tenir son rang face à la concurrence.

La CFDT demande de la clarté sur ce qui est maintenu, reporté ou abandonné

La Direction a indiqué qu’une priorisation des travaux avait été menée avec un objectif de réduction d’environ 30 à 40 %, afin de concentrer les moyens sur les grands chantiers jugés indispensables (EPICs), notamment la migration, le réglementaire et le décommissionnement.

La CFDT a demandé une cartographie claire des arbitrages réalisés : quels projets sont maintenus ? lesquels sont reportés, abandonnés ou réduits ? Quels impacts par plateforme ? Quels effets sur les métiers, les équipes IT et les utilisateurs finaux ?

Cette question est essentielle. Diminuer le volume des éléments attendus ne doit pas se traduire par des renoncements invisibles pour les salariés : fonctionnalités non livrées, simplifications reportées, dette technique accrue, maintien de tâches manuelles, double saisie ou dégradation de la qualité de service.

Pour la CFDT, il faut le dire clairement : réduire le périmètre sans assumer en transparence ce qui est sacrifié revient à transférer les difficultés vers les salariés et les clients. Les arbitrages ne doivent pas devenir une zone grise où disparaissent les engagements, les moyens et la qualité attendue. La Direction doit désormais sortir du flou : ce qui est abandonné, reporté ou dégradé doit être nommé, mesuré et assumé.

Une gouvernance resserrée ne doit pas éloigner le terrain

L’audit recommande de simplifier la gouvernance, avec trois niveaux de comités et un maximum de dix participants. La Direction présente cette évolution comme un moyen d’améliorer l’efficacité et la prise de décision.

La CFDT entend l’objectif, mais a alerté sur un risque : une gouvernance plus resserrée ne doit pas réduire la transparence ni la capacité des métiers et du terrain à faire remonter les difficultés. Les utilisateurs finaux doivent être associés plus tôt, dès les phases de cadrage, de tests, de recette et de conduite du changement. L’audit lui-même souligne que leur implication est trop tardive et que l’implication des métiers reste hétérogène⁠⁠⁠⁠.

La CFDT a donc insisté sur la nécessité d’un dispositif clair de remontée des alertes opérationnelles, avec un suivi régulier présenté au CSE.

Pour la CFDT, une gouvernance efficace ne se mesure pas au nombre de comités supprimés, mais à sa capacité à entendre le terrain avant que les difficultés ne deviennent des crises.

Si les décisions se prennent entre quelques acteurs, loin des utilisateurs et des métiers, la Direction prend le risque de piloter une transformation à travers les indicateurs d’un tableau de bord plutôt que sur la réalité du travail.

La prise de conscience doit être immédiate : sans transparence, sans écoute et sans retours terrain, la gouvernance devient elle-même un facteur de risque.

Migrations : des risques encore insuffisamment sécurisés

Le support présenté met en évidence un point particulièrement préoccupant : les trajectoires de migration concentrent des volumes importants fin 2027 et début 2028, avec une parallélisation 2027 non éprouvée.

Des scénarios alternatifs restent à instruire, notamment sur l’Originateur Epargne Retraite individuelle (OERi) et l’Originateur Santé Prévoyance (OSP).

La CFDT a demandé quels scénarios de repli sont prévus en cas d’échec ou de retard des migrations critiques (OERi, OSP, Santé, Beyond/CEGEDIM, CIEL, décommissionnements de “mainframe”) car les incidences dépassent le seul domaine informatique.

Les scénarios alternatifs peuvent avoir des conséquences lourdes pour les équipes : surcharge de travail à absorber, compétences rares à mobiliser, astreintes à assurer, support à renforcer.

Pour la CFDT, ces risques doivent être évalués de manière objective dans un registre partagé : niveau de risque, plans d’action, responsables, échéances, coûts et impacts humains.

L’OSP est aujourd’hui l’exemple le plus marquant des manquements de la Direction sur les migrations : trajectoire insuffisamment sécurisée, impacts sous-estimés, difficultés reportées sur les équipes.

Derrière les discours de maîtrise, ce sont les salariés qui absorbent chaque jour les dysfonctionnements, les contournements et la pression opérationnelle.

La CFDT tient à saluer leur résilience, mais elle refuse que cette résilience serve de variable d’ajustement à une conduite de projet défaillante. À un moment, tenir grâce à l’engagement des salariés ne peut plus masquer les responsabilités de pilotage.

Les gains économiques ne doivent pas devenir une pression sur l’emploi

L’audit reconnaît que l’analyse initiale de rentabilité n’est plus réaliste et que les gains économiques sont insuffisamment matérialisés. La Direction a elle-même reconnu un défaut de méthode unifiée et l’absence de lien formalisé avec le PMT⁠⁠⁠⁠ (Plan Moyen Terme)

La CFDT a demandé que les gains soient clairement distingués : gains liés à l’informatique (IT), aux métiers, aux décommissionnement, à l’automatisation.

Pour la CFDT, aucune recherche de gains ne peut se faire au détriment des conditions de travail ou sans information consultation loyale du CSE lorsque des impacts sociaux sont envisagés.

Pour la CFDT, parler de gains sans dire précisément qui les porte, comment ils sont obtenus et quelles conséquences ils auront sur l’emploi revient à organiser l’opacité.

Les économies attendues ne doivent pas devenir une pression silencieuse sur les effectifs, les métiers ou la charge de travail.

La Direction doit prendre conscience qu’un gain économique construit sur l’épuisement des salariés ou la dégradation du service n’est pas un gain : c’est un risque social et stratégique.

IA, automatisation : le contrôle humain doit rester central

Le support présenté indique qu’AG2R LM doit passer à l’échelle sur l’intelligence artificielle, avec une démarche structurée, des domaines prioritaires d’investissement et des responsables de l’IA par métier.

La CFDT a demandé quels cas d’usage sont envisagés, mais surtout quels impacts sont anticipés sur les métiers, les compétences, la qualité du travail et le contrôle humain des décisions.

L’IA ne doit pas être présentée uniquement comme un levier de productivité. Elle doit être encadrée, expliquée, débattue et évaluée, notamment au regard des effets sur l’activité des salariés et sur la qualité du service rendu.

Derrière chaque automatisation, il y a des métiers qui évoluent, des compétences à accompagner, des responsabilités à clarifier et des risques de perte de maîtrise. La Direction doit entendre ce point : une IA déployée sans débat, sans garde-fous et sans contrôle humain réel ne serait pas un progrès, mais un facteur supplémentaire d’inquiétude et de défiance.

La CFDT exige un suivi régulier et complet au CSE

La CFDT a rappelé que les salariés vivent déjà les conséquences concrètes du programme : charge de travail élevée, dysfonctionnements d’outils, retards, incertitudes, arbitrages permanents. En séance, la CFDT a alerté sur la charge très lourde, les outils livrés avec des difficultés, ainsi que le risque que les retards et arbitrages financiers pèsent sur la masse salariale⁠⁠⁠⁠.

La CFDT demande donc qu’un suivi régulier soit présenté au CSE avec des indicateurs précis :

  • avancement
  • retards
  • incidents
  • charge
  • effectifs mobilisés
  • budgets
  • gains réalisés
  • qualité de service
  • impacts sociaux
  • mesures de prévention des risques psychosociaux

Notre position CFDT

La CFDT ne conteste pas la nécessité de moderniser les outils ni de sécuriser les trajectoires informatiques. Cependant, cette transformation ne peut pas se faire en minimisant les alertes du terrain.

Ce que l’audit met en évidence, c’est que le programme doit être repris en main, clarifié et sécurisé.

Ce que la CFDT met en avant, c’est que la réussite ne se mesurera pas seulement en budgets, en trajectoires ou en décommissionnements, mais aussi en conditions de travail, en qualité des outils livrés, en association réelle des utilisateurs et en transparence vis-à-vis des représentants du personnel.

Pour la CFDT, la plateformisation ne doit pas devenir une transformation subie. Elle doit être pilotée en collaboration avec les salariés, et non se substituer à eux.

Pour la CFDT, le temps des constats doit maintenant laisser place à des décisions concrètes, lisibles et protectrices.

Les salariés ne peuvent plus porter seuls les conséquences des retards, des arbitrages et des outils insuffisamment maîtrisés.

La Direction est attendue sur des solutions réelles, à la hauteur des enjeux humains, sociaux et opérationnels, pour protéger les salariés et garantir la pérennité de l’entreprise.

S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire