Jamais vraiment réglée, la question salariale se pose de nouveau. Le niveau d’inflation qui repart à la hausse et l’augmentation du Smic qui en découle, de nombreuses branches professionnelles se retrouvent avec des niveaux de rémunération inférieurs au Smic. Il est temps, plus que jamais, que les employeurs agissent !
Une réaction en chaîne est en train de se produire. Les prix de l’énergie ont augmenté en raison de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ce qui a entraîné une hausse générale des prix à la consommation. Et qui dit inflation à plus de 2 %, comme l’Insee l’a relevé pour le mois d’avril, dit augmentation automatique du Smic. Le salaire minimum a donc augmenté de 2,41 % ce 1er juin (soit 12,31 euros brut par heure et 1 867,02 euros par mois). Si c’est plutôt une bonne nouvelle face à la hausse du coût de la vie, cette augmentation prévue par la loi a des effets collatéraux sur les grilles salariales des branches.
Organisations syndicales et patronales avaient rendez-vous le 27 mai dernier avec le ministre du Travail et ses services afin de mesurer l’ampleur des dégâts. Ainsi, sur les 179 branches de plus de 5 000 salariés suivis par la Direction générale du travail, 126 branches (ce qui représente 11,9 millions de salariés) se retrouvent, depuis le 1er juin, avec au moins un niveau de la grille salariale conventionnelle inférieur au Smic. Par exemple, si une branche a ses trois premiers niveaux sous le Smic, tout salarié concerné devra attendre de passer le quatrième niveau avant d’espérer percevoir un salaire supérieur au salaire minimum.
Plus grave, les grilles se tassent, c’est-à-dire que la différence entre la plus haute rémunération prévue par la grille et la plus basse devient de moins en moins élevée. Ce double phénomène « efface les progressions entre niveaux, fragilise la reconnaissance des qualifications et limite fortement les perspectives d’évolution professionnelle », estime Luc Mathieu, secrétaire national chargé des questions salariales. Selon la CFDT, « cette situation confirme une tendance de fond : l’absence de véritables politiques salariales construites et anticipées. Trop souvent, les employeurs se contentent d’ajuster les minima au niveau légal, sans engager de réelles revalorisations salariales », a déclaré Luc Mathieu au cours de la réunion du 27 mai.
Reconstruire des politiques salariales
La CFDT appelle donc à l’ouverture immédiate de négociations salariales dans les branches et les entreprises. « Il n’est plus acceptable d’attendre les revalorisations automatiques du Smic pour ajuster les grilles salariales. Les employeurs doivent prendre leurs responsabilités et engager sans délai des négociations ambitieuses. La CFDT réaffirme que le Smic doit rester le salaire d’entrée d’un non-qualifié et non devenir la référence des politiques salariales », a souligné Luc Mathieu, qui a également appelé à « reconstruire de véritables politiques salariales ».
Cet élément permettra de donner un peu d’allant aux organisations patronales : le gouvernement devrait prochainement présenter le décret d’application de l’article 20 de la loi de financement de la Sécurité sociale. Ledit article prévoit que les entreprises relevant de branches ayant des échelons salariaux sous le Smic pendant au moins un an seront pénalisées lors du calcul de leurs allègements de cotisations sociales…
Notre branche professionnelle de nouveau mauvaise élève !
Dans notre branche professionnelle force est de constater que le collège des employeurs n’a pas retenu les leçons du passé durant lequel ils avaient laissé les RMMG (revenus minimum mensuel garanti) stagnées de nombreuses années. Le rattrapage obtenu au forceps par la CFDT et FO en 2024 avait un peu rétabli les choses. Or cette année il n’y a pas eu d’accord de branche alors que la crise économique nécessiterait une prise de conscience des employeurs.

